La crise que nous traversons est probablement l’une des plus graves que les générations vivantes aient connues. Sociétale avant d’être économique, elle invite à la prise de recul sur la structure de notre économie et les modèles que nous voulons promouvoir au sein de notre société : nos systèmes de santé et de cohésion sociale, nos modes d’alimentation, nos lieux et modes de vie, mais aussi les modèles d’entreprise et les directions de la croissance. Sur ce dernier point, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) interpellent d’ores et déjà par leur résilience, leur pugnacité, leur esprit de conquête. Leurs atouts sont grands pour sortir gagnantes de la crise.

 

L’humain et le territoire. Plus grosses que les PME, les ETI ont une richesse de capital humain qui leur permet de résister. Plus petites que les grands groupes, elles ont l’agilité pour pivoter et innover pour s’adapter à une situation inédite. Beaucoup nous ont magnifiquement étonnées pendant la crise, en inventant ou accélérant la sortie de nouveaux produits pour se rendre utiles à leurs clients ou à la société. Positionnées sur des niches qui répondent à des besoins sociétaux précis, elles peuvent donner à leurs équipes le sens qui pousse à avancer dans ces moments difficiles. Ancrées dans les territoires, les ETI portent souvent l’emploi local et s’investissent dans la cohésion des écosystèmes locaux, qui sont d’importants facteurs de soutien.  Rivées sur le long terme, conscientes de la nécessité de maintenir les investissements d’avenir, elles abordent ce renversement de cycle avec lucidité, mais aussi esprit de conquête, pour maintenir leurs équipes mobilisées et tournées vers l’avenir.

Leurs clés de succès seront le sens et la confiance donnés aux équipes, et la capacité à leur communiquer efficacement.

La résilience et le long terme. Selon une étude récente du Mouvement des ETI (METI)[1], 65% des ETI s’estiment plus résilientes que les PME et les grands groupes pour traverser cette crise et 26% s’estiment aussi résilientes. II faut dire que leurs atouts sont nombreux : innovation (avec 23% de la R&D française), international (avec 34% de l’export et 75% des ETI présentes à l’international) et capital humain (avec 25% de l’emploi en France).

Ces avantages comparatifs, elles les ont construits sur le long terme. A travers les crises, elles ont continué à investir : dans un univers mondialisé ultra compétitif, elles savent que la régularité des investissements humains, technologiques et productifs est critique pour ne pas obérer l’avenir. Le long terme est leur horizon ; leur sens des responsabilités est finalement leur meilleure boussole de pérennité et de croissance.

La pugnacité et l’esprit de conquête. L’étude précitée illustre parfaitement la pugnacité des ETI, et leur capacité à se projeter au-delà du cycle pour porter l’économie de demain. Alors que 60% des ETI constatent une baisse (38%) ou une forte baisse (22%) de leur chiffre d’affaires à l’international au 1er semestre 2020, 80% maintiennent leur stratégie de développement à l’international et 93% d’entre elles mobilisent leurs fonds propres pour les financer. Plus de 50% d’entre elles pensent que la crise est l’occasion de consolider leurs positions sur des marchés existants et/ou d’acquérir des concurrents.

Les champions savent qu’une crise est une transformation. Si le choc économique a affecté l’ensemble de l’économie, ceux qui ont une position relative plus favorable peuvent saisir les opportunités en bas de cycle. Pour éviter les opérations périlleuses en période troublée, mais au contraire construire dans la durée, la clé reste toutefois d’avoir une vision de long terme, préexistante, et des équipes prêtes – de ce fait – à en accélérer l’exécution. La pugnacité est d’autant plus gagnante qu’elle s’accompagne d’anticipation stratégique.

L’ETI – un modèle d’avenir à démultiplier. Et pourtant la France ne compte que 5 400 ETI, soit moins de 0,2% des entreprises françaises[2].

Il faut en moyenne une génération (20 ans) pour qu’une PME devienne une ETI. Il faut accélérer. Deux tiers des ETI sont encore trop petites, avec moins de 500 salariés, et ont de belles réserves de croissance. Il est urgent de travailler chaque jour à renforcer ces bataillons de l’économie française, et de leur donner les moyens de leurs ambitions.

C’est un enjeu majeur pour l’emploi, dont elles ont été la locomotive ces dernières années : 335 000 emplois nets créés entre 2009 et 2015, et 76 000 en 2016-2017. Avec 70% de créations d’emplois dans leur région d’origine, elles sont une ressource précieuse pour les territoires où elles sont ancrées[3].

Impulser l’économie de demain, c’est démultiplier ces grappes de champions locaux, tournés vers l’international.

Avec un vivier de 137 000 PME, nous avons la possibilité de doubler le nombre d’ETI en France. Et les « petites » ETI peuvent doubler de taille en 5 ans. L’impact sur l’emploi serait considérable.

Cela passe par une mobilisation massive et assumée des pouvoirs publics et du système financier, pour libérer les énergies de tous ces entrepreneurs à la tête de belles PME et au potentiel avéré.

Les pouvoirs publics peuvent changer la donne en offrant un cadre d’exercice plus compétitif en France, en baissant notamment les impôts de production qui découragent l’emploi local.

La transformation du système financier vers une finance positive, de long terme, peut aussi accélérer le mouvement. Le capital entrepreneur, couplant de l’investissement de long terme, du capital humain et une Communauté entrepreneuriale de soutien, est un tremplin pour tous les conquérants. Le 15 mai 2020, la Communauté GENEO composée de 120 familles et entrepreneurs, en a fait sa raison d’être.

 

Fanny LETIER et François RIVOLIER

Cofondateurs de GENEO capital entrepreneur

[1] Les ETI à l’international, à l’épreuve de la COVID-19 – Etude conjointe du METI, Medef international et Inuo Strategic Impact, Juillet 2020

[2] INSEE, les entreprises en France

[3] LES ETI, MOTEURS DE L’EMPLOI DANS LES TERRITOIRES, étude Trendeo et METI, 2018